Dans la tête d'un DRH - pour le droit à la démission légitime


Année après année, au fur et à mesure que mon expérience professionnelle de DRH s'accroit, je milite pour que les DRH  bénéficient du dispositif de la  démission légitime.

 

 


=> La démission légitime, qu'est-ce que c'est?
C'est un dispositif dont bénéficient déjà les journalistes qui ont le droit d'être indemnisés par Pole Emploi s'ils ont démissionné en raison d'un changement notable du caractère ou de l'orientation de cette publication  (et donc d'un désaccord avec la ligne politique de la rédaction).



=> Pourquoi les DRH devraient en bénéficier?
Depuis 2015, le DRH est responsable civilement et pénalement, conjointement avec le responsable de l'entreprise en cas de suicide d'un salarié.
En l'espèce, le responsable RH d'un supermarché a été reconnu responsable du suicide d'un salarié victime de harcèlement moral de la part du Directeur de magasin car il n'avait rien dit et n'avait pas alerté la Direction du Groupe.
Le fait que le Responsable RH soit également un salarié, susceptible d'être également victime de harcèlement, susceptible de perdre son poste, n'a pas été retenu en sa faveur. Au contraire, les juges ont considéré que les RH avaient l'autorité et les moyens de faire valoir leur position et qu'ils manquaient à leurs obligations contractuelles en ne le faisant pas.

Cette position est très discutable. S
i on suit ce raisonnement, le RH doit être héroïque mais n'a aucun moyen particulier lui permettant de l'être. Si cette position se confirmait et positionnait le RH comme un lanceur d'alerte de fonction, elle devrait, selon moi, être assortie de ce droit à la démission légitime ( ou d'une protection contre le licenciement similaire à celle dont bénéficie les élus du personnel).

Une raison supplémentaire de donner aux DRH le bénéfice de la démission légitime, c'est bien sur le fait qu'ils portent le poids moral et procédural des éventuels plans sociaux.
Imaginez que vous êtes obligé de licencier pour motif économique un certain nombre de personnes, que vous soyez convaincu ou pas  de la pertinence de la décision, que vous annonciez à chacun la perte de son emploi, que vous receviez le poids de la colère, le poids de l'angoisse, que vous soyez le Responsable visible et identifié de tout cela…
Dans les grandes entreprises, soit on prévoit un changement de poste et/ou d'entité pour celui qui a mis en œuvre le plan, soit on recourt à un prestataire qui met en œuvre celui-ci. Mais dans les petites ou moyennes, les DRH restent. Ou partent en démissionnant (donc sans le bénéfice du licenciement économique). Ou plongent dans la dépression. Ou résistent et rebondissent.

Moi qui crois profondément à l'utilité sociale de la fonction de DRH, je pense qu'il est temps de lui donner les moyens de son action.

Commentaires

  1. Je ne sais que te dire... Ton métier me parait à la fois tellement important et tellement difficile... Pelin de courage et de douces pensées pour toi...

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    1. Merci!
      Pour vivre bien son métier (ou vivre avec), je me dit que le penser et proposer des choses est intéressant

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  2. C'est vraiment intéressant comme réflexion, je ne savais pas tout ça et je suis tout à fait d'accord avec ta position!

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  3. Ton poste est souvent envié car nous ne connaissons pas l'ensemble des tâches et des responsabilités qui incombent à la fonction, mais en lisant ton article, je suis d'accord avec toi sur le fait de pouvoir avoir recours à la démission légitime. Je pense même que cette disposition pourrait être étendue à l'équipe de direction d'une entreprise car même si la tendance est au management bienveillant, il est clair que la route est encore longue .... Merci pour ton partage. Je t'embrasse .

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    1. Oui, c'est un métier méconnu finalement. Je pense que le DAF, le DirCom pourraient utilement bénéficier aussi de ce genre ! Bises

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  4. On appelle ça Utiliser la clause de conscience chez les journalistes. En fait c'est surtout utilisé quand il y a des changements d'actionnaires (ce qui implique souvent un changement de ligne éditoriale). Sans changement d'actionnaire c'est plus délicat à mettre en œuvre. Les journalistes disposent aussi d'une commission arbitrale qui peut aussi dans certains cas être saisie notamment dans le cas de licenciement notamment quand ils sont jugés abusifs et mis en cause devant le tribunal des prud'hommes : bref une batterie de dispositifs spécifiques propre à la profession et qui permet une information honnête et expurgée de tout type de pression.

    C'est dingue cette histoire de responsabilité en cas de suicide… : c'est surtout la justice qui ne tourne pas rond dans notre pays je trouve.

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